Tout au long de la journée, Laetitia Maloubier et Clémence Menegazzi observent et comptent les oiseaux. C'est leur job. Elles ne travaillent pas pour la Ligue de protection des oiseaux, mais pour la Fédération départementale des chasseurs de la Gironde. Dans le détail, elles participent à une enquête de nidification sur la zone des marais estuariens et sur les marais endigués du bassin d'Arcachon. Les deux universitaires recensent plus précisément les espèces qui évoluent sur les mares des tonnes. Il s'agit de ces zones humides où les chasseurs de gibier d'eau installent leurs postes de tir.
Banque de données
Les éléments récoltés sur le terrain par Clémence et Laetitia, puis d'autres équipes dispersées sur le territoire, viennent enrichir une banque de données sur la biodiversité locale. Elle a été activée il y a trois ans par la Fédération girondine de chasse. Le travail est aujourd'hui soutenu par la région Aquitaine et la Diren. Pour Jésus Veiga, directeur de la fédération, « cette démarche permet aux chasseurs de mieux connaître l'étape de la nidification et les espèces qui évoluent sur leur territoire ».
Elle donne aussi la possibilité à la fédération d'être reconnue par les autorités comme observateur de la biodiversité.
L'entretien des espaces
Sur le fond, Jésus Veiga reconnaît que l'initiative n'est pas « sans arrière-pensée ». En clair, l'enquête démontre que les modes de gestions appliqués par les chasseurs sur le milieu sont favorables aux oiseaux. Entretenues tout au long de l'année par les sauvaginiers, les mares, les zones humides, hors période de chasse, deviennent de véritables petites réserves.
Elles « grouillent d'oiseaux », font remarquer Laetitia et Clémence. Et certaines espèces qui se faisaient rares dans la région, comme l'échasse blanche, opèrent un retour remarqué. Ce qui apparaît dans le contenu de la banque de données.
De l'agriculture à la chasse
Jésus Veiga fait un autre constat. « Les chasseurs sont aujourd'hui présents sur des terrains qui ne sont plus exploités par l'agri- culture extensive. »
La pratique de la chasse permettrait de ne pas laisser à l'abandon ces zones humides fragiles et menacées, où le bétail a aujourd'hui disparu.
Au passage, le cadre de la fédération fait d'ailleurs remarquer que « depuis l'autorisation de chasse de nuit, une obligation légale impose aux chasseurs d'entretenir le milieu situé autour des tonnes ».
Dates de la saison
Enfin, sur le très sensible sujet des dates d'ouverture et de fermeture de chasse au gibier d'eau, Jésus Veiga fait entendre qu'une meilleure connaissance du milieu et des espèces, est un moyen de mieux maîtriser un calendrier. Lequel, tous les ans immanquablement, est à l'origine de polémiques entre sauvaginiers et responsables politiques.
À terme, les chasseurs pourraient ainsi opposer à leurs adversaires « écologistes » des données scientifiques abouties. Le débat n'en sera que plus que constructif.