Samedi 24 janvier, dans l'après-midi, Roland Barrère, le président de la Fédération des chasseurs des Landes, était à Sabres. Et il a pleuré.
Un mois après, Jean-Luc Dufau, administrateur de la Fédération des chasseurs des Landes, a eu le temps de préparer son discours mais l'émotion affleure toujours derrière les mots.
« Vu le contexte de la forêt aujourd'hui, l'équilibre agro-sylvo-cinégétique est très menacé. » Concrètement, la chasse est très difficile dans le département, voire impossible en Haute Lande. « Là-bas, il y a des territoires entiers où on ne peut plus pénétrer. » Et pas davantage depuis vendredi soir quand est arrivée l'autorisation préfectorale d'organiser de nouveau des battues pour le grand gibier et le renard.
Les chasseurs d'ailleurs râlent un peu à cet égard. « Nous aurions préféré que l'autorisation arrive plus tôt », rapporte Jean-Luc Dufau. « Le préfet craignait pour les agents qui interviennent sur les réseaux mais nous sommes des gens responsables. » Ils n'auraient donc pas confondu un sanglier avec un agent d'ERDF.
Demandes de dérogation
« Le danger principal, c'est plutôt les dégâts à redouter dans les cultures et sur les routes en raison de la prolifération du gibier », livre Roland Barrère. Parce que si la tempête a évidemment perturbé le gros gibier, la mortalité est, a priori, faible.
Le président reste raisonnablement optimiste pour le chevreuil et le cerf. « Le plan de chasse est réalisé à 60 % et comme il est désormais triennal, on pourra compenser lors des deux années suivantes. »
Conscients que même avec un plan triennal, le risque existe de se laisser déborder, les chasseurs ont néanmoins demandé une prolongation jusqu'au 31 mars de la chasse aux cervidés. Dans la mesure où c'est le Conseil d'État qui devra se prononcer, ce n'est pas gagné d'avance.
C'est pour le sanglier que la situation demeure la plus préoccupante. « Vu l'état des bois, la chasse aux chiens courants est menacée », lâche Jean-Luc Dufau. Le terrain sera beaucoup trop favorable aux sangliers, déséquilibrant le rapport de force avec les chiens. « Il faut que l'État nous donne des moyens pour restaurer la forêt et assurer notre mission d'intérêt public. Sinon, on ne pourra pas intervenir. »
Dimanche matin, à Renung, une soixantaine de chasseurs venus de sept ACCA différentes étaient d'une des premières battues aux sangliers organisées depuis le passage de Klaus. Ce qu'ils ont vu leur a fait froid dans le dos.
Les rives de l'Adour et leurs peupliers ont été moins touchés que les pins mais le tableau n'en est pas moins moche. Même avec un brouillard tenace comme il y en a souvent par là.
Michel Cazade, organisateur de la battue et conseiller technique à la fédération, répète en boucle, le visage grave. « On est morts. »
Cercle vicieux
Censément le périmètre retenu était bon. Après la tempête, les sangliers ont fui les fûtaies des plateaux pour se réfugier là, en groupe, dans les ronces. « C'est aussi pour ça qu'il fallait aller vite », explique Michel Cazade. « C'est sans doute plus facile de les chasser là que là haut. »
Mais facile, ça n'est pas. L'eau est encore haute, les ronces toujours aussi épaisses et là aussi des chablis encombrent le sol. Maigre bilan au bout d'une matinée de battue : deux sangliers tués.
« Des coups comme ça, c'est pas bon pour le moral des gars », soupire Jean-Luc Dufau. Il craint pour leur motivation et leur envie de reprendre une carte la saison prochaine.
D'ores et déjà, la fédération des Landes table sur une défection de 3 000 chasseurs sur les 26 000 qu'elle compte aujourd'hui.
« Je crains qu'on entre dans un cercle vicieux. La taxe à l'hectare chassable est cette saison de 0,91 ? en Tursan. Compte tenu des dégâts dans les cultures, elle va augmenter et mettre à mal nos trésoreries dont la situation était déjà critique avant la tempête. »
Pour compenser, l'administrateur estime que le prix des cartes de chasse pourrait doubler voire tripler. Avec évidemment un effet dissuasif supplémentaire. « La chasse populaire risque d'être mise à mal. »
Pour sauver ce qui peut l'être, le plan de gestion à partir du 1er avril (abandon des battues et agrainage pour fixer les bêtes mais tirs à l'affut sur les zones ensemencées) n'est pas remis en cause. En revanche, les chasseurs ont demandé officiellement la possibilité de tirer au plomb n° 1 les marcassins et bêtes rousses, c'est-à-dire grosso modo les sangliers de moins de 40 kg.